complainte du fusillé

complainte du fusillé
Complainte du fusillé

Ils m'ont tiré au mauvais sort
par pitié
J'étais mauvaise cible
le ciel était si bleu
Ils ont levé les yeux
en invoquant leur dieu
Et celui qui s'est approché
seul
sans se hâter
tout comme eux
un petit peu a tiré à côté
à côté du dernier ressort
à la grâce des morts
à la grâce de dieu.



Ils m'ont tiré au mauvais sort
par les pieds
et m'ont jeté dans la charrette des morts
des morts tirés des rangs
des rangs de leur vivant
numéroté
leur vivant hostile à la mort
Et je suis là près d'eux
vivant encore un peu
tuant le temps de mon mal
tuant le temps de mon mieux.


Jacques Prévert.
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# Posté le lundi 01 mai 2006 11:22

Modifié le mercredi 25 juillet 2007 09:14

Flaque de sang

Flaque de sang
Chanson dans le sang

Il y a de grandes flaques de sang sur le monde
où s'en va-t-il tout ce sang répandu
Est-ce la terre qui le boit et qui se saoule
drôle de saoulographie alors
si sage... si monotone...
Non la terre ne se saoule pas
la terre ne tourne pas de travers
elle pousse régulièrement sa petite voiture ses quatre saisons
la pluie... la neige...
le grêle... le beau temps...
jamais elle n'est ivre
c'est à peine si elle se permet de temps en temps
un malheureux petit volcan
Elle tourne la terre
elle tourne avec ses arbres... ses jardins... ses maisons...
elle tourne avec ses grandes flaques de sang
et toutes les choses vivantes tournent avec elle et saignent...
Elle elle s'en fout
la terre
elle tourne et toutes les choses vivantes se mettent à hurler
elle s'en fout
elle tourne
elle n'arrête pas de tourner
et le sang n'arrête pas de couler...
Où s'en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des meurtres... le sang des guerres...
le sang de la misère...
et le sang des hommes torturés dans les prisons...
le sang des enfants torturés tranquillement par leur papa et leur maman...
et le sang des hommes qui saignent de la tête
dans les cabanons...
et le sang du couvreur
quand le couvreur glisse et tombe du toit
Et le sang qui arrive et qui coule à grands flots
avec le nouveau-né... avec l'enfant nouveau...
la mère qui crie... l'enfant pleure...
le sang coule... la terre tourne
la terre n'arrête pas de tourner
le sang n'arrête pas de couler
Où s'en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des matraqués... des humiliés...
des suicidés... des fusillés... des condamnés...
et le sang de ceux qui meurent comme ça... par accident.
Dans la rue passe un vivant
avec tout son sang dedans
soudain le voilà mort
et tout son sang est dehors
et les autres vivants font disparaître le sang
ils emportent le corps
mais il est têtu le sang
et là où était le mort
beaucoup plus tard tout noir
un peu de sang s'étale encore...
sang coagulé
rouille de la vie rouille des corps
sang caillé comme le lait
comme le lait quand il tourne
quand il tourne comme la terre
comme la terre qui tourne
avec son lait... avec ses vaches...
avec ses vivants... avec ses morts...
la terre qui tourne avec ses arbres... ses vivants... ses maisons...
la terre qui tourne avec les mariages...
les enterrements...
les coquillages...
les régiments...
la terre qui tourne et qui tourne et qui tourne
avec ses grands ruisseaux de sang.


Jacques prevert.
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# Posté le lundi 01 mai 2006 11:26

Modifié le mardi 18 juillet 2006 21:05

Déjeuner du matin

Déjeuner du matin
Voici "Déjeuner du matin", un poeme connu de Prévert. Je trouve ce poeme beau et expressif, je me rappelle l'avoir apris il y a des années, mais en ouvrant un receuil l'autre jour, je suis tombé dessus, et j'ai eu envie de le mettre :


Déjeuner du matin

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.
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# Posté le lundi 01 mai 2006 19:50

Papillons poeme et chanssons

Papillons poeme et chanssons
Papillons poeme et chanssons

Mes poèmes sont comme
des chansons

certains riment

ou butinent d'une idée
à l'autre

tels des papillons
de fleur en fleur

semant
pollen et refrains


volant des montagnes
du Mexique en hiver
au Canada l'été venu

monarques des ondes sonores
comme de courtes
chansons

inspirations éphémères –
vite remplacées
par de nouveaux refrains

tels des papillons qui, parfois
d'un simple battement d'ailes
déclenchent des tempêtes

à Beijing

si tu trouves l'un de mes poèmes
gisant sur le sol
épuisé
comme un papillon
après son long périple

emporte-le avec toi
étale-le
examine-le
regarde-le
demande-toi d'où il vient
et ce qu'il te dirait s'il pouvait parler
des ailes de mes poèmes pourraient
se répandre de la poussière d'ange

dont une simple particule
arriverait à te transporter
vers des mondes
qui nous sont étrangers
où parfois les pirates
nous envoûtent
racontant les trésors
le rhum
les affrontements au sabre

mes poèmes
te mèneront là
où les cavernes et les arbres
servent encore de chez-soi
où l'on sert
des festins
sans jamais
nettoyer

hum... encore trop

réel


ils t'amèneront peut-être
aux portes d'un avenir
où l'on sait nettoyer

un avenir
où l'on peut jouer
et rêver aux anges
un univers, aussi
où l'on fait place
au rêve partagé
avec les enfants du monde entier
Peter Pan dans les langues
panafricaines
en oromo, en touareg
en arabe, en ourdou
en khasi, en farsi
en malais, en cambodgien

sème le rêve du festin
sur les terres du Darfour
et sur les plages ravagées de l'Asie du Sud et de l'Afrique
dans les ghettos décimés par le VIH et le sida
dans les barrios et chez les Campasinos

sème le rêve du festin
dans les bordels pleins d'enfants esclaves sexuels
et dans les zones de guerre
où les forces
de la guérilla
contraignent les enfants
à des vies écourtées et brutales

Laisse le nectar
de mon poème
engourdir tes sens –
museler ton incrédulité
et te libérer
des chaînes que t'imposent
une vie de pacha
trop éloignée
de la vraie bataille

débats-toi
comme le papillon
enfermé dans son cocon
passage
aussi bref
que le refrain d'une chanson



---Poème de Sean Dowd---

# Posté le mardi 02 mai 2006 16:46

Modifié le lundi 15 mai 2006 18:03

Cadeau d'un Rêveur

Cadeau d'un Rêveur
Cadeau d'un Rêveur

Accepterais tu mon c½ur ?
Mais ce cadeau sans valeur,
Est le don d'un rêveur,
Qui croit encore au bonheur !

Ton sourire est pour moi
Une source inépuisable de joie,
Ton regard, est si chatoyant,
Qu'il assécherait les océans !

De ton parfum je m'enivre
Je bois tes paroles à en être ivre
Je t'aime... je t'aime tant
Mais je ne sais le dire autrement

Que par des poèmes maladroits
Qui ne peuvent contenir cette joie
Que j'éprouve près de toi
J'aimerais t'offrir mon c½ur
Même s'il n'a que peut de valeur...
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# Posté le mardi 02 mai 2006 16:55